J'espère que vous avez bien mangé et que vous êtes prêts à somnoler en lisant la suite
!
On l'a vu, le but de la stabilisation est d'assurer, quels que soient les mouvements de l'appareil, que l'image d'un objet reste projetée au même endroit du capteur (numérique ou argentique, peu importe).
Dans le principe, il y a deux façons simples de faire ça : déplacer le capteur pour suivre les mouvements de l'image ou déplacer l'image pour suivre les mouvements du capteur. Pour déplacer l'image, il faut et il suffit de déplacer une ou plusieurs lentilles à l'intérieur de l'objectif.
Dans tous les cas, il va nous falloir un système de détection de mouvements à la fois extrêmement précis et extrêmement rapide. Une bête masselotte sur un ressort n'est ni l'un ni l'autre ; on est donc obligé de recourir à des systèmes plus complexes, les centrales inertielles.
Une centrale inertielle utilise l'effet gyroscopique. Si vous ne savez pas ce que c'est, prenez une roue avant de vélo, tenez-la par l'axe et faites-la tourner rapidement ; puis, tentez d'incliner l'axe d'un coté ou de l'autre. Vous vous apercevrez, ébahi et stupéfait, que non seulement l'axe résiste à l'inclinaison (c'est pour ça qu'un vélo est beaucoup plus stable à haute vitesse qu'au ralenti), mais qu'en prime, il a tendance à dévier également dans le sens où vous ne l'inclinez pas : si vous envoyez le haut de la roue vers la gauche, l'avant de la roue aura également tendance à partir à gauche ou à droite selon le sens de rotation.
C'est cette force induite qui est mesurable précisément et rapidement (environ 1000 fois par seconde pour assurer une synchronisation efficace).
Donc, une centrale inertielle comporte trois masses maintenues en rotation rapide autour de trois axes différents ; et des palpeurs, autour de ces axes, mesurent la déviation et détectent les moindres mouvements de la centrale. On comprend donc que c'est un assemblage de haute précision, tant électronique que mécanique, qui coûte assez cher.
À coté de ça, il va falloir déplacer quelque chose (lentilles ou capteur) pour que l'image soit synchronisée avec le capteur. Il va donc falloir utiliser des micro-moteurs extrêmement rapides et précis, là encore. C'est un peu plus simple, on peut utiliser différents systèmes, enfin bref, on sait faire.
Et entre la centrale et les micro-moteurs, on a besoin d'une puce qui lise les données de l'une et commande les autres.
Tout ça, donc, on sait faire, depuis les années 60 (et l'apparition de la navigation circum-polaire sur les Boeing 707). Le seul problème est l'intégration de l'ensemble avec une précision micrométrique dans des ensembles qui ne doivent pas dépasser quelques centaines de grammes ; la puce électronique aide énormément à résoudre ce problème, de même que la découverte des éléments piézo-électriques. Donc, on sait faire, mais on a là une conclusion nette, concise et intelligible : ça va pas être donné.
Concrètement, aux débuts de la stabilisation (milieu des années 90), il n'était pas question de déplacer le capteur. Celui-ci était, dans 99% des cas, une pellicule 135 (35 mm de large, perforations des deux cotés, calée dans une cartouche standardisée de 12 à 36 poses, enfin, vous devez bien vous souvenir ???
). La pellicule 135 était calée par l'engrenage de ses perforations latérales dans des galets d'entraînement, plus ou moins pyramidaux, d'environ deux millimètres de coté ; autant dire que le calage n'était pas exemplaire de précision. En fait, on la gardait soigneusement immobile pendant la prise de vue, et on s'arrangeait avec un bon millimètre de marge tout autour de l'image (de 24 mm de haut sur 36 mm de large) pour que les tolérances de positionnement plutôt floues ne portent pas à conséquences.
Du coup, il était hors de question de déplacer la pellicule au micron près pendant la prise de vue.
Restait alors la seule solution : déplacer l'image pour qu'elle suive les mouvements de la pellicule. On a donc placé l'ensemble stabilisateur (centrale inertielle, puce de pilotage et motorisation) dans l'objectif, en déplaçant des lentilles pendant l'exposition. Ça marchait pas mal et, en fait, ça avait un avantage auquel on avait sans doute pas trop réfléchi au départ : avant le déclenchement, le stabilisateur stabilisait déjà. Du coup, l'image projetée sur le dépoli était elle aussi stabilisée, et il devenait nettement plus facile de viser avec un gros téléobjectif.
Canon et Nikon ont donc lancé des gammes d'objectifs spéciales, avec des lentilles mobiles et tout ce qu'il faut dedans, gourmands en énergie mais bon, on n'a rien sans rien : les IS (Image Stabilization) et les VR (Vibration Reduction).
À l'aube des années 2000, on a commencé à remplacer la pellicule (entretemps passée, sur certains appareils, à l'éphémère standard APS, donnant des images de 16x24 mm, plus petit et facile à utiliser que le 135 mais de nettement moins bonne qualité, et que je signale parce que c'est là l'origine de l'expression «capteur APS» qu'on entend souvent en numérique) par un capteur numérique.
Du coup, la donne a changé : le capteur numérique, lui, était solidement fixé au boîtier, assemblé avec une tolérance de l'ordre du micron ; il devenait possible de contrôler précisément la position du système enregistreur.
Du coup, en août 2003, Minolta (
) a eu l'idée du siècle (comment ça, c'est un peu tôt pour le dire ?) : plutôt que de stabiliser l'image, déplaçons le capteur. Ça permet de simplifier les calculs et la construction de l'objectif, il faut juste connaître précisément la longueur focale de celui-ci pour savoir à quel déplacement de l'image correspond tel mouvement de l'appareil.
Ce fut donc l'apparition de l'AS (Anti-Shake) du Dimâge A1, excellent bridge 5 Mpix, doté en prime d'un capteur relativement gros (2/3 de pouce, soit une surface à peu près double de celle d'un capteur de compact courant) lui autorisant une qualité d'image remarquable (à l'époque, rares étaient les appareils montant sans trop de problème à 400 iso).
Avec son zoom équivalent 28-200 mm, son ergonomie digne d'un reflex, son viseur mobile autorisant la visée dans n'importe quel position, cet appareil pourtant pas donné s'est taillé un beau succès, vite renforcé par celui de son successeur A2 et du modèle plus familial A200.
Bref (!), où ça nous mène, tout ça ?
En septembre 2004, Minolta lance de Dynax 7D. Reprenant une ergonomie proche des bridges Dimâge A, cet appareil est entièrement compatible avec la gamme d'accessoires Dynax qui fait le bonheur (hum) de Minolta depuis l'apparition de l'autofocus : donc, de très bons objectifs sont disponibles, de très bons flashes aussi, et le système est bien connu et répandu dans les magasins.
Le capteur n'est pas mauvais non plus : c'est un 6 Mpix d'origine Sony... que l'on utilise encore, à quelques détails près, dans le D40 et les K1x0D.
Surtout, Minolta reprend l'idée des A : le capteur est fixé sur une platine mobile, contrôlée par une centrale intégrée au boîtier via des éléments piézo-électriques. Ici, il ne s'agit pas tant de simplifier des calculs que d'apporter la stabilisation à un système qui, à l'origine, n'avait rien prévu pour. C'est donc le premier reflex stabilisé, et longtemps le seul. Avantage : la stabilisation peut fonctionner avec n'importe quel objectif de la gamme Minolta AF et, en juillet 2005, avec le Dynax 5D plus «familial», la stabilisation, jusque là réservée aux professionnels équipés Canon ou Nikon, devient abordable par tous.
Inconvénient : comme seul le capteur est stabilisé, ça ne joue qu'à la prise de vue ; la visée reste aussi chaotique qu'auparavant. (Certains diront que c'est un avantage dans la mesure où ça veut dire que, si on arrive à viser correctement, il y a de bonnes chances que la stabilisation arrive à faire son boulot de manière satisfaisante.)
Finalement, essentiellement pour des raisons de coût (reproduire un système stabilisateur sur chaque objectif n'est pas donné), tous ceux qui ont commencé à se poser la question après l'ère argentique feront ce choix : Sony (qui rachète les brevets Minolta avant la dissolution de la compagnie en 2006), Pentax, Olympus... Seule exception : Panasonic, qui a beaucoup travaillé avec Leica sur les objectifs stabilisés pour ses bridges et qui vend son reflex L1 avec un objectif Leica stabilisé.
- C'est bien beau tout ça, mais ça me dit quel système est le meilleur !
Et pour cause : il n'y en a pas un vraiment meilleur que l'autre.
On l'a vu, stabiliser par l'objectif a un avantage : la visée est aussi stabilisée. Il y en a un autre : l'appareil ne s'occupe de rien, le système de stabilisation s'adaptant en interne à la focale de l'objectif. Ce système est également considéré comme un poil meilleur : on compte souvent 1,5 EV de gain (une EV correspond à un doublement du temps de pose), tandis que la stabilisation par le capteur peine à dépasser 1 EV efficacement.
Stabiliser par le capteur a un énorme avantage : le coût du stabilisateur intégré à un objectif disparaît -- et d'autant plus que les frais de conception d'une optique stabilisée sont nettement supérieurs à ceux d'une optique classique. Quel que soit l'objectif utilisé, la seule chose dont a besoin le boîtier, c'est la longueur focale ; les Alpha, reprenant le système Dynax, la connaissent, le système 4/3 utilisé par Olympus aussi, et les objectifs récents de Pentax de même. Seul Pentax, permet de stabiliser de très vieux objectifs et, dans ce cas, on peut reporter dans l'appareil, à la main, la longueur de l'objectif.
Autre petit avantage : la stabilisation ne fonctionnant que pendant la prise vue, la consommation électrique est un poil moindre.
Bref, selon vos priorités, vous irez vers l'un ou l'autre.
Selon vos priorités, votre intérêt à utiliser un système stabilisateur n'est pas la même. Si vous faites essentiellement du portrait ou du paysage, vous n'aurez jamais besoin d'une telle usine à gaz ; si votre spécialité est la photographie animalière, vous allez le considérer comme un vrai critère de choix d'un appareil.
Si vous partez sur du Canikon, sachez que vous n'aurez accès à la stabilisation que par l'achat d'objectifs semi-professionnels plutôt chers (Sigma se lance timidement sur le créneau avec ses OS -- Optical Stabilization --, mais l'offre compatible reste limitée).
Je ne dis pas qu'on n'en a pas pour son argent, mais juste que dans l'absolu, il n'est pas facile de sortir 800 ou 1000 € pour un objectif.
Si vous partez sur une autre marque, Pentax, Sony et Olympus proposent des boîtiers stabilisés (K100D et K10D, Alpha 100, E-510) ; Pentax propose aussi le K110D, le moins cher des reflex, si vous pensez pouvoir vous passer de cette béquille, et l'Olympus E-410 n'est pas stabilisé pour des raisons techniques (y'avait pas la place de mettre une platine mobile), ce qui ne les empêche pas d'être de très bons boîtiers.
Dans tous les cas, les résultats sont comparables (très léger avantage aux systèmes Canon et Nikon en termes d'efficacité tout de même).
Bien sûr, j'ai beaucoup parlé de reflex ; mais ces systèmes sont également présents sur les bridges et sur les compacts (le SP-550 d'Olympus est un exemple de stabilisation par le capteur, le FZ8 de Panasonic utilise une stabilisation optique et le S6500 de Fuji n'a pas de stabilisation), et les conclusions sont valables quel que soit le type d'appareil.
Notez enfin qu'un photographe sportif, en particulier automobile, peut en venir à haïr les stabilisateurs : quand on veut faire un beau filé panoramique, en effet, ceux-ci contrebalancent consciencieusement la rotation de l'appareil, rendant le paysage plus net et la voiture plus floue... Canon et Olympus propose, pour ceux-là, des système capables de stabiliser uniquement l'axe vertical.
La conclusion en une phrase :
Ce n'est que si vous utilisez quotidiennement de gros téléobjectifs que vous profiterez vraiment d'une stabilisation ; dans les autres cas, ne la refusez pas, mais si vous êtes face à un choix exclusif, préférez une montée en sensibilité qui réduira le temps de pose.
Cette conclusion est valable pour tous les photographes familiaux qui hésitent entre un Panasonic et un Fuji ou entre un gros bridge et un K110D notamment...
Message édité par herisson26 le 27-07-2007 à 14:54:11
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Pentax K10D - Tamron 70-300 - Sigma 17-70 - Pentax A 50 f/1,7 - Sigma EF 530 DG Super